Clémentine Bossard clementine.bossard@gmail.com
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  (1986, CH)      
 

Entre mon regard et celui de ma caméra j'essaie de retrouver une présence que l'on peut parfois perdre lorsqu'on se retrouve derrière le viseur ou face à une image et son aspect bidimensionnel ou plat.  Mes photographies peuvent alors se situer à mi-chemin entre le domaine de la narration et celui du documentaire. A quelques pas du cinéma, elles sont aussi là pour insinuer, raconter, intensifier une émotion, tout en laissant le doute et l'imagination.
 
Volny Doma (les maisons vagues), Solombala-Arkhangelsk, RU, 2010.
Il s'agit d'une série de paysages nocturnes, une sorte de fenêtre sur le pays. Le climat rigoureux de l'hiver fait régner un silence presque absolu dehors. Les planches de bois qui tiennent le sol des maisons semblent alors très fragiles, étrangement flottantes. Elles donnent soudain une impression de vague, comme si tout cela n'existait pas. Des gens, pourtant, y vivent. De la lumière apparaît derrière une vitre, la télévision est en marche, et le corridor est lui aussi éclairé. Ces lieux étranges restent alors comme la trace de ce qui survit, comme si nulle force, celle du rêve, du froid, ne pouvait les effacer. Le titre de la série, Volny Doma, reste lui aussi étrange (maison vague). En russe on peut lui accorder plusieurs significations, toutes très approximatives. Une Volny Doma peut alors s'agir d'une maison dont la vue donne directement sur la mer, mais il dénonce également les risques liés à de telles constructions.

Moloko skin (peau de lait) Arkhangelsk, RU, 2010.
Voici une série de portraits d'acteurs. Tous sont russes, jouent dans la comédie dramatique. Comme souvent dans ce cas, leur visage se transforme lorsqu'ils jouent devant d'autres regards. Ils exagèrent leurs expressions pour ainsi faire passer le plus possible d'émotion. D'où vient ce surplus de rides? Ces cris d'effrois, ces larmes sèches? Cette série se veut alors de montrer dans la simplicité d'un regard “caméra” le vrai, le fragile, l'au-delà des clichés sur la Russie et de ses personnalités à fort caractère, trop souvent théâtralisées. Peu de lumière vient toucher ces visages pendant l'hiver. La peau est lisse, blanche, le regard absorbé. Les acteurs de Moloko Skin ont alors cessé de jouer, ils regardent, eux aussi, pour s'identifier.